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Trump défait, Bolsonaro à la peine… Vers la fin du populisme dans le monde ?

La défaite de Donald Trump à l’élection présidentielle américaine a été comme un électrochoc dans le monde. Les nations populistes en ressortent plus fragilisées et commencent à perdre de l’envergure dans les urnes. Tour d’horizon des nouvelles tendances politiques.

Quelques jours après les élections municipales au Brésil, les près de 80 “poulains” du président d’extrême droite Jair Bolsonaro n’ont pas eu le succès escompté… Alors que le président sud-américain s’est impliqué dans la campagne seulement durant les derniers jours, les observateurs politiques n’hésitent pas à parler de ce scrutin comme d’un revers pour Bolsonaro. Alors à qui la faute ? Au populisme. Selon le dictionnaire Le Robert, ce nom masculin correspond à :

“(Souvent péjoratif) Discours politique s’adressant aux classes populaires, fondé sur la critique du système et de ses représentants”

Définition du mot “populisme” par Le Robert

À partir de cette définition, le Brésil serait-il en train de renverser la tendance ? L’abstention est l’un des critères qui favorise les extrêmes. Or depuis 1932, le système électoral brésilien rend le vote obligatoire pour toutes les personnes âgées de 18 à 70 ans. Les plus de 70 ans, eux, n’ont pas cette obligation. Au même titre que les jeunes de 16 à 18 ans – la majorité électorale est fixée à 16 ans, comme dans certains länder allemands.

Ce sont près de 147 millions d’habitants qui étaient appelés aux urnes dimanche 15 novembre 2020 pour ce premier test de mi-mandat. Parmi les favoris du président qui ont franchi le premier tour, on retrouve l’ancien pasteur et maire sortant Marcelo Crivella à Rio de Janeiro. Tandis qu’à Fortaleza, c’est le policier militaire Wagner Sousa Gomes qui se hisse au second tour. La réponse du scrutin de 29 novembre prochain sera décisive.

La gestion de la crise sanitaire critiquée

“Le message des urnes est cristallin”, commente le journal brésilien O Globo dans son éditorial du lundi 16 novembre 2020. Pour lui, Jair Bolsonaro “sort plus fragilisé” de l’élection. L’une des raisons est liée à la crise de la Covid-19. Et pour cause, le président qui a été lui-même touché par le coronavirus en juillet, en minimise la portée. Mardi 10 novembre 2020, Bolsonaro lançait : “Aujourd’hui, il n’y en a que pour la pandémie, il faut en finir avec ça. Je regrette les morts, je les regrette. Nous allons tous mourir un jour, tout le monde ici va mourir”. La pandémie a pourtant fait près de 167 000 décès dans le pays. Et d’ajouter des propos homophobes : “Ça ne sert à rien de fuir cela, de fuir la réalité. Il faut arrêter d’être un pays de pédés. Nous devons nous battre la tête haute, lutter”.

“Bolsonaro se retrouve plus isolé dans une Amérique latine qui penche certes à droite, mais pas à l’extrême droite”, prétend Pascal Boniface, directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) au Parisien. Le “Trump des tropiques” comme il est parfois surnommé perd aussi son allié du nord : Donald Trump.

Trump perdant, mais 10 millions de supporters en plus

Le 45e président des États-Unis ne reconnaît toujours pas officiellement sa défaite à l’élection présidentielle américaine. Il dénonce une fraude dans le pays et annonce des recours afin de démontrer les erreurs de comptage. Cependant, aucune preuve n’est venue étayer ses affirmations à ce jour. Le réseau social Twitter multiplie pour sa part les alertes sur ses réactions erronées.

https://twitter.com/realDonaldTrump/status/1328334945148952576

Même si Donald Trump ne sera plus le locataire de la Maison-Blanche d’ici deux mois, son poids sur la scène politique demeure. Un chiffre : 73,4 millions. C’est le nombre d’Américains qui ont voté pour le candidat républicain début novembre. C’est-à-dire, 10,1 millions d’électeurs supplémentaires par rapport à 2016. La forte participation au scrutin accompagne cette forte hausse. Preuve que l’électorat “trumpiste” poursuit sa progression.

Depuis 2016, Donald Trump a conquis un nouvel électorat. (Source : The New York Times)

En Europe, pas encore de bouleversement

Après l’Amérique, les États européens reviendront-ils sur la présence des extrêmes ? Rien n’est moins sûr. En 2019, les dernières élections européennes ont encore affirmé davantage l’ampleur de l’extrême droite. Elle remporte 76 sièges sur les 705 disponibles au Parlement européen (voir ci-dessous) et est proche du parti Conservateurs et réformistes européens (CRE) dans sa volonté de réduire le rôle de l’Union européenne. En France, le parti de Marine le Pen (RN) est sorti vainqueur des urnes avec 23,31 % des suffrages.

La composition du Parlement européen aux élections de 2019. (Source : Touteleurope.eu)

En Hongrie, c’est Viktor Orban qui occupe le poste de Premier ministre depuis 2010. Surnommé “Viktator”, il s’est appuyé sur la crise migratoire de 2015 pour infléchir l’influence des contre-pouvoirs, dont celui des médias. Le pays est 89e au classement de la liberté de la presse dans le monde selon Reporters sans frontières (RSF).

Les prochaines élections seront donc synonymes d’un triomphe ou d’une défaite cuisante pour les populistes à travers le monde. Selon des sondages sur la présidentielle de 2022 en France, le Rassemblement national accèderait au deuxième tour. À suivre…

En 10 ans, la montée du populisme dans l’UE se remarque dans les résultats aux élections.
Cliquez sur la carte pour visionner l’animation. (Source : Le Journal du Dimanche)