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Droit de vote à 16 ans : un débat (encore) avorté

Des parlementaires ont signé une pétition en faveur du droit de vote dès 16 ans, mais le texte n’a finalement pas été présenté à l’Assemblée nationale… faute de temps. Il pourrait resurgir dans un an, ou comme à son habitude, avant chaque élections présidentielles.

S’il fallait évoquer un débat qui divise les candidats à une élection présidentielle, le voici : rendre le droit de vote accessible à partir de 16 ans. Cette idée qui agite la vie politique depuis 1994 n’a plus rien de novatrice… Pourtant, des parlementaires, menés par le groupe Écologie Démocratie Solidarité (EDS), réaniment ce clivage politique. Et pour cause, une pétition devait être présentée devant l’Assemblée nationale le 8 octobre 2020, mais le débat n’a pas eu lieu faute de temps. Cette proposition de loi s’inscrit en deux temps : remplacer le mot “dix-huit” ans par “seize” et rendre l’inscription sur les listes électorales “automatique”.

“Depuis des années, toutes les soirées électorales commencent par la même phrase : ‘Le vainqueur, aujourd’hui, s’appelle l’abstention'”, rappelle Matthieu Orphelin, député (EDS) du Maine-et-Loire à L’Express. “Est-il logique de dire à un jeune de 16 ans qu’il peut travailler, payer des impôts, reconnaître un enfant tout en lui interdisant de voter ? […] Les pays où elle est appliquée, comme l’Autriche, l’Allemagne ou l’Ecosse, la participation des 16-18 ans se révèle plus forte que celle des 18-20 ans”, affirme-t-il.

Des débats reportés… dans 1 an !

La classe politique française s’interroge à intervalle de temps régulier sur la question. En 1994, le gouvernement d’Édouard Balladur (UMP) rejette l’idée. En 2002, le candidat à la présidentielle Lionel Jospin (PS) propose le vote à l’âge de 17 ans, en vain. Sous la présidence de Nicolas Sarkozy, Martin Hirsch (UMP), haut-commissaire à la Jeunesse, refuse à nouveau d’abaisser le droit de vote, contre une idée du syndicat de l’Union nationale lycéenne (UNL). Puis en 2016, Dominique Bertinotti, ministre (PS) déléguée à la Famille, rouvre le débat dans le cadre d’un projet de loi de « pré-majorité » pour les jeunes de 16 à 18 ans.

Et cette chronologie aurait pu inscrire la date de 2020 dans les annales. En effet, l’EDS a lancé une pétition en ligne pour le droit de vote dès 16 ans. Celle-ci recueille aujourd’hui plus de 3 400 signatures, dont celles du président du groupe La France insoumise (LFI) à l’Assemblée Jean-Luc Mélenchon, du député européen (EELV) Yannick Jadot ou d’Éric Piolle, maire (EELV) de Grenoble.

Le débat sur le droit de vote à 16 ans à l’Assemblée nationale devait passer après l’IVG et la cause animale, en vain. (Crédit : Pacôme Bassien)

Or, l’EDS n’a pu présenter cette proposition de loi. La raison ? Le groupe parlementaire qui maîtrisait l’ordre du jour à l’Assemblée nationale a d’abord débattu de la prolongation de l’Interruption volontaire de grossesse (IVG) – qui passe de 12 à 14 semaines. Puis, il a commencé à traiter de la cause animale. Mais faute de temps, le sujet sur l’abaissement du droit de vote n’a pas été évoqué. La prochaine opportunité pour l’EDS aura lieu… dans un an ! Chaque groupe ayant un droit de parole proportionnel à son nombre de parlementaires, nous fait savoir l’Assemblée nationale.

Le gouvernement : contre

Deux exceptions peuvent toutefois contredire cette règle : qu’un autre groupe parlementaire, tel que LFI ou EELV, s’empoignent de ce sujet et le place à leur ordre du jour. L’autre possibilité est que le gouvernement impose ce débat dans l’hémicycle. Chose qui semble peu probable. En 2017 déjà, le candidat Emmanuel Macron déclarait à Ouest-France que : “L’enjeu n’est pas d’élargir le droit de vote, mais de permettre à ceux qui disposent déjà de ce droit de l’exercer plus spontanément”.

Cependant, c’est plus d’1,6 million d’électeurs potentiels qui pourrait aiguiser son sens critique. À contrario, le manque de connaissance politique ou l’influence parentale joueraient en défaveur de la démocratie. Autant d’arguments d’opposition à la proposition de loi que développent les partis politiques des Républicains et du Rassemblement national.

Et ailleurs dans le monde ?

Dans le monde, plusieurs États ont adopté le droit de vote dès 16 ans, comme le Brésil, l’Allemagne (dans certains länder), l’Argentine ou encore Cuba. En Slovénie, il est possible de voter à partir de 16 ans si le jeune possède un emploi. L’Indonésie et le Soudan ont pour leur part opté pour l’ouverture du droit de vote à 17 ans ; 19 ans en Corée du Sud ; 20 ans à Taïwan ; 21 ans au Liban, en Arabie Saoudite et à Singapour.

Alors, êtes-vous plutôt pour ou contre le droit de vote dès 16 ans ? Si vous n’avez pas encore d’avis sur la question, n’ayez crainte, la prochaine campagne présidentielle de 2022 devrait certainement réanimer le débat…