Min Aung Hlaing, le coup d’Etat plutôt que la retraite

Lundi, l’armée a pris le pouvoir en Birmanie après avoir arrêté la cheffe du gouvernement Aung San Suu Kyi, leader de la Ligue Nationale pour la Démocratie (LND). Le commandant en chef Min Aung Hlaing, homme fort du pays, concentre désormais tous les pouvoirs, cinq mois avant sa retraite.

Discret dans l’exercice du pouvoir, Min Aung Hlaing était pourtant l’autre visage du gouvernement Birman, aux côtés d’Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la Paix et cheffe du gouvernement de facto depuis 2016. Depuis lundi et l’arrestation d’Aung San Suu Kyi, il est l’homme fort du pouvoir, dans un pays où la Constitution garantit à l’armée une place centrale dans la vie politique.

« C’était un homme de peu de mots et qui faisait normalement profil bas »

Ancienne camarde de Min Aung Hlaing à Reuters en 2016

Min Aung Hlaing n’avait pourtant pas initialement le profil pour mener un coup d’Etat. « C’était un homme de peu de mots et qui faisait normalement profil bas » déclarait une de ses anciennes camardes à Reuters en 2016. Etudiant en droit, il se forme dans la Defense Servicices Academy (Académie des services de défenses) en 1974. Petit à petit, il monte discrètement les grades. Le simple fantassin devient commandant du Bureau des opérations spéciales-2, Lieutenant général puis commandant en chef des armées en 2011, à la place de Than Shwe, ancien général en chef de la junte militaire au pouvoir avant la transition démocratique.

Une contrôle militaire sur la démocratie

Alors que la junte militaire dirige le pays depuis le coup d’Etat de 1962, le référendum de 2008 ouvre la voie à une démocratisation du pays. Avec une participation de 98%, plus 92% des votants s’expriment en faveur de la nouvelle Constitution. Si l’armée conserve sa domination sur la vie politique du pays, elle permet à d’autres parties, dont la Ligue Nationale pour la Démocratie (LND), d’entrer dans les parlements. En revanche, une loi faite sur-mesure interdit à Aung San Suu Kyi, opposante au pouvoir militaire depuis 1988, d’être élue Présidente.

Depuis le coup d’Etat militaire, Min Aung Hlaing et l’armée détiennent tous les pouvoirs (exécutif, législatif et judiciaire) (Ye Aung Thu/AFP)

Jusqu’en 2016, le parti soutenu par l’armée, l’Union, de la solidarité et du développement (USDP), tient le gouvernement. L’arrivée à la tête du pouvoir de la LND ne perturbe pas Min Aung Hlaing, qui partage le pouvoir avec Aung San Suu Kyi. Les sièges garanties à l’armée dans les parlements et la mainmise sur plusieurs ministères permettent au commandant en chef de continuer à jouer un rôle politique majeur.

Accusé de « génocide » contre les Rohingyas

A partir de 2016, les persécutions de l’armée contre les Rohingyas s’intensifient, alors qu’elles existent déjà depuis le XXe siècle. Min Aung Hlaing, responsable des armées, défend ses hommes et se cachent derrière le Prix Noble de la Paix d’Aung San Suu Kyi.

Face à ces massacres, les Rohingyas quittent le pays et se refugient dans les pays voisins, le Bangladesh, l’Indonésie ou encore la Malaisie. Silencieuse face à ce nettoyage ethnique, Aung San Suu Kyi voit son aura internationale s’effondrer. Pointée du doigt comme l’une des responsables des massacres, bien que la Constitution ne lui donne aucun pouvoir sur l’armée, la suppression de son Prix Nobel de la Paix est envisagée.

La victoire écrasante de la LND aux élections législatives de novembre 2020 (256 sièges à la Chambre des Représentants, dix fois plus de siège que le PUSD soutenu par l’armée) a fait naitre des accusations de fraude de la part du commandant en chef des armées. Le coup d’Etat du 1er février a confirmé les inquiétudes autour du respect de la démocratie par l’armée.

Si Min Aung Hlaing a affirmé que la Constitution sera respectée, la concentration de tous les pouvoirs entre ses mains fait craindre un retour à la dictature militaire, qu’a connu le pays pendant de longues années. Aung San Suu Kyi, assignée à domicile, a appelé la population à se révolter face à ce putsch, dans une lettre publiée par son parti, la LND.

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