Après la loi contre la maltraitance animale, la seconde vie des animaux sauvages et des cirques

Bruno Bebert/SIPA

L’Assemblée nationale est en train d’étudier le cadre à donner quant à la maltraitance animale en France. Ceci étant fait, que deviendront les animaux sauvages comme les dauphins ? Et dans les cirques, comment imaginer un spectacle sans animaux ? Des alternatives existent.

Derrière le rideau, comment vivent les animaux dans les cirques ? Cette question, de plus en plus de Français se la posent. Dans un sondage Ifop pour la fondation Brigitte Bardot, 73 % d’entre eux étaient favorables, en août 2020, à des spectacles de cirque sans animaux sauvages. Quelques mois plus tard, l’Assemblée nationale soumet une proposition de loi, émanant de la majorité LREM, pour « renforcer la lutte contre la maltraitance animale » envers les animaux domestiques et sauvages. La loi formule donc l’obligation de trouver des solutions pour les cirques qui ne pourront plus accueillir d’animaux sauvages.

« L’exploitation commerciale des animaux appartenant à des espèces sauvages, […] est une pratique que l’opinion publique ne soutient plus aujourd’hui »

Proposition de loi visant à « renforcer la lutte contre la maltraitance animale »

En discussion dans l’hémicycle depuis ce mardi 26 janvier 2021, la proposition de loi vise à accroître les droits des animaux. Depuis 1976, un animal est reconnu comme étant un être doué de sensibilité et nos amies les bêtes sont mêmes caractérisées d’« êtres vivants » en 2015. Désormais tout s’accélère puisqu’elles ont aussi des droits.

  1. Le premier est relatif aux conditions de détention des animaux de compagnie et des équidés. Un certificat de sensibilisation pour l’acquisition d’un futur animal est créé. Concrètement, cela vise à connaître les contraintes et les coûts éventuels.
  2. Côté sanction, un stage de sensibilisation à la prévention et la lutte contre la maltraitance animale sera mis en place pour les personnes condamnées pour ces faits. Les peines pour les actes de cruauté iront jusqu’à cinq ans de prison et 75 000 € d’amende.
  3. Les détentions d’animaux sauvages dans les cirques itinérants et les delphinariums deviendront interdites. Dans un entretien accordé au Parisien, le directeur du Parc Astérix, Nicolas Kremer, révèle que son delphinarium ferme ses portes, en justifiant que « le Parc Astérix est avant tout un parc d’attractions, pas un parc animalier ». Par ailleurs, la présence d’animaux sauvages dans les discothèques et à la télévision sera également prohibée.
  4. Enfin, les trois derniers élevages de visions sur le territoire français ne pourront plus exercer d’ici à 2025.

Deux points ne sont toutefois pas mentionnés dans la loi : les autres élevages et le sort de la chasse, domaine du président Macron.

Une île aux dauphins

Le cadre de la loi maintenant fixé, que faire des animaux sauvages ? Les députés n’ont pour l’heure pas encore avancé d’alternatives, mais ailleurs dans le monde, des idées émergent. Alors qu’il serait dangereux de relâcher en mer les dauphins qui ont toujours connu la captivité puisqu’ils ne savent pas chasser, des sanctuaires marins pourraient pallier à cela. Et ils s’établissent en pleine mer, au milieu des autres poissons, comme en Italie, aux États-Unis, en Indonésie ou en Grèce.

Pour ce dernier, sur l’île du Lipsi, dans la mer Égée, une zone est réservée aux mammifères marins pour qu’ils s’habituent à ce nouveau mode de vie. Le but est ainsi de faire découvrir aux dauphins l’eau de mer et ses marrées. Puis, s’ils s’acclimatent, les animaux pourront poursuivre leur vie en autonomie.

En Grèce, un hôpital vétérinaire et un espace pour accueillir dauphins et tortues. (Crédit : Aegean marine life sanctuary)

En France, la loi prévoit six années de réflexion pour aménager des structures destinées aux dauphins, ou tout autre projet pour en finir avec la captivité.

Hologrammes, robots… Comment faire sans les animaux dans les cirques ?

Les cirques, eux, n’auront pas autant de temps pour imaginer de nouveaux spectacles sans les animaux. Sous le célèbre chapiteau de la famille Bouglione, une idée se concrétise. En effet, en décembre dernier, Montpellier (Hérault) a reçu ours et orques… en hologramme. L’utilisation des nouvelles technologies correspond à un « engagement éthique et personnel, souligne André-Joseph Bouglione au Parisien. Nous ne devons plus exploiter d’animaux sauvages. Les cirques doivent se remettre en question et se réinventer. »

En 2019, dans le cirque allemand Roncalli, les hologrammes avait déjà remplacés les animaux.

Et certains vont encore plus loin. Aux États-Unis, on pourrait presque s’y méprendre tellement cela paraît réaliste. Dans l’État de Californie, des robots en silicone prennent la forme de dauphins. Roger Holzberg, directeur artistique d’Edge Innovations, confie à Sciences et Avenirs que « des actionneurs électriques ont été ajoutés au squelette pour imiter le travail des principaux groupes musculaires du dauphin qui permettent au vrai animal de nager, de tourner, de plonger. Des mâchoires, des dents, des yeux et bien d’autres détails ont ensuite été ajoutés pour compléter le dauphin. »

Mais contrairement à des animaux vivants, chaque robot-dauphin ne peut effectuer plusieurs figures. « Le dauphin acrobatique qui saute dans les airs peut ne pas être le même dauphin qui pousse l’entraîneur autour du bassin. Pour des comportements très spécialisés, cela peut nécessiter un robot animatronique spécialisé », admet le concepteur.

Un dauphin plus vrai que nature… ou presque. Il s’agit en fait d’un robot en silicone. (Crédit : Edge Innovations)

Les innovations ne manquent pas, mais les professionnels du cirque craignent un recul de leur activité après le départ des animaux sauvages. Le jour de la présentation de la loi à l’Assemblée nationale, une manifestation a eu lieu à Paris. Les animaux nés en captivité et qui ne connaissent pas l’état sauvage « n’ont pas les mêmes besoins physiologiques », pointe Solovich Dumas, directeur du cirque de Rome, à l’AFP.

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