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« Personne ne doit entrer » : au cœur d’une écurie où les dispositifs s’étendent face aux mutilations

Caméras, éclairages, rondes… Les écuries s’organisent pour lutter contre les agressions de leurs chevaux. Reportage dans l’une d’elles, où la menace est prise très au sérieux.

Entrer ici, c’est comme pénétrer dans une forteresse. Des murs en pierre encerclent l’intégralité du domaine de 60 hectares, de hauts portails dissuadent d’escalader. Cet espace dispose d’écuries, d’un manège pour les équidés ou encore d’un parc, mais rien ne laisse supposer que 80 chevaux vivent derrière les murs. Malgré ces apparences trompeuses, les gérants des lieux- qui n’ont pas souhaité révéler leurs identités par crainte de représailles – s’organisent. Et pour cause, l’étrange phénomène des chevaux mutilés prend de l’ampleur en France. Alors qu’aucune explication n’est pour le moment apportée sur les profils des agresseurs, les éleveurs ou gardiens de ces bêtes sont sur leurs gardes.

“C’est un sentiment d’insécurité qui m’envahit. On a toujours peur de ce qui pourrait se passer, s’inquiète Marc*, propriétaire des écuries. J’ai fait de ma passion mon métier. Donc si on nous dit que l’on risque de toucher à nos chevaux, naturellement on se défend.”

Des propriétaires prêts à tout…

Se “défendre”, le mot est lâché. Depuis que la forteresse est en état de siège, Marc assume le fait qu’il pourrait “faire du mal” à quiconque voulant s’introduire chez lui, bien qu’il n’a recensé, à ce jour, aucune blessure sur ses animaux. “Je connais la loi et le respect de la propriété privée. Alors si on attaque mes chevaux, je ne vais pas être gentil…” Et sa femme d’ajouter : “Ce n’est pas sûr qu’ils s’en sortent vivant”. Le ton des propriétaires, dont l’emplacement des écuries est tenu secret dans un soucis d’anonymat, est clair : “Personne ne doit entrer”. Cependant, ils l’assurent : “On préviendra les gendarmes avant d’agir. Mais en les attendant…”

Concrètement, toute une organisation a été construite afin de lutter contre une éventuelle intrusion. D’abord, des rondes sont réalisées pour repérer un véhicule ou des individus suspects autour et/ou dans le domaine. “Depuis un mois, on surveille très sérieusement les alentours. On fait quatre à cinq rondes toutes les nuits”, explique Marc. Pour cela, il fait appel à ses salariés et a une entreprise de surveillance. “On a embauché deux personnes supplémentaires”, annonce le cavalier qui commence à comptabiliser les coûts… “La surveillance, c’est le prix d’une entreprise de sécurité et c’est un travail de nuit.” Soit entre 14 et 100 € de l’heure.

“Quelqu’un veut se donner l’impression d’être le plus fort”

Marc*, propriétaire d’écuries

Par ailleurs, des éclairages ont aussi été installés sur les principaux chemins du parc. “Cela dissuade plus que ça n’éclaire”, avance Marc qui espère effrayer les rodeurs qui pourraient être vus. Enfin, les endroits stratégiques sont dotés de caméras de chasse. De fait, si un mouvement est repéré par le système, l’enregistrement se déclenche.

Quid des agresseurs ? “Je ne sais pas qui peut s’en prendre de cette façon aux chevaux, peste le propriétaire. C’est obligatoirement un défi que s’est lancé quelqu’un pour se donner l’impression d’être le plus fort. En ce moment on parle beaucoup de l’ultra-violence, là, nous sommes en plein dedans”, analyse-t-il. D’autant plus que les actes perpétrés sur les équidés semblent être commis par des connaisseurs du secteur. “Faire un nœud d’attache n’est pas donné à tout le monde, il faut s’y connaître. Et puis, il faut savoir apprivoiser un tel animal pour l’approcher”, précise Marc.

Des mutilations… et des morts naturelles

Pour Ursina, propriétaire d’un cheval qui vit dans l’écurie, c’est “un challenge incompréhensible”. “La gendarmerie devrait faire des rondes pour montrer qu’il y a une présence”, pense-t-elle. Plus largement, c’est au gouvernement, en visite chez un éleveur de l’Oise, lundi 7 septembre, de prendre ses responsabilités selon Marc : “Ce n’est pas en une visite qui règle le problème. On attend des actes.” Et les actes commencent par une “mobilisation générale” des Français, estime Gérald Darmanin, sur son compte Twitter. Le ministre de l’Intérieur appelle par ailleurs, à “signaler tous les faits, tous les indices, qui permettent d’arrêter les personnes qui commettent ces faits extrêmement graves”.

La Fédération française équine (FFE) salue pour sa part le fait que “deux ministres se déplacent sur ce qui concerne la cruauté envers les animaux, c’est une vraie démarche de sensibilisation à la fois du public et des forces de l’ordre pour qu’ils trouvent rapidement une solution. Bravo aux efforts qui sont faits dans ce sens-là”, a salué Serge Lecomte, son président.

Lundi dernier, le ministre de l’Intérieur indiquait l’ouverture de 153 enquêtes. Autant de cas causés par des mutilations, mais pas seulement… Quand un cheval meurt, des prédateurs s’attaquent au cadavre. Les oiseaux de nuit par exemple mangent les yeux, tandis que les sangliers dévorent les parties génitales. “Quand je vois à la télévision des éleveurs qui s’indignent face à l’attaque de leurs bêtes alors que c’est une mort naturelle, c’est créer de la peur là où il n’y en a pas”, conclut Marc.

Un numéro vert mis en place
Après le déplacement de deux ministres, dont celui de l’Intérieur, chez un éleveur de chevaux dans l’Oise, lundi dernier, le gouvernement agit. En effet, un numéro vert, gratuit, est ouvert “à tous les propriétaires de chevaux”, a annoncé sur France info Julien Denormandie, ministre de l’Agriculture, hier mercredi 9 septembre. Le but : questionner et rassurer.
Contact : 0800.738.908.

* Le prénom a été modifié.