Sarkozy et les financements libyens : les acteurs de l’affaire

Vendredi, Nicolas Sarkozy a été mis en examen pour « association de malfaiteurs » dans le cadre de l’affaire des financements libyens de sa campagne électorale de 2007. The Slow Media revient sur les acteurs de cette affaire d’Etat.

Le binôme franco-libyen

Nicolas Sarkozy

Ministre de l’intérieur (2005 – 2007), Président de la République française (2007 – 2012)

Le 6 octobre 2005, Mouammar Kadhafi reçoit dans la capitale libyenne le ministre de l’intérieur français, Nicolas Sarkozy. A l’occasion de cette rencontre, le futur Président français demande à Kadhafi de l’aider à financer sa campagne présidentielle. Cet échange est révélé par une note publiée par Médiapart en 2012, entre les deux tour de l’élection présidentielle. Face à ces accusations, Nicolas Sarkozy nie les financements libyen et reproche au journal de présenter un faux document. Il porte plainte pour « publication de fausse nouvelle », mais la justice donne finalement raison à Médiapart. Le 21 mars 2018, l’ancien président est mis en examen pour « corruption passive », « financement illégal de campagne électorale » et « recel de fonds publics libyens ». Le 12 octobre 2020, il est mis en examen pour « association de malfaiteurs ».

Mouammar Kadhafi

Chef de l’Etat libyen (1969 – 2011)

En 1969, Mouammar Kadhafi prend la tête de la Libye après un coup d’état militaire. Il installe une politique dictatoriale en Libye, où les sanglantes répressions de la population sont régulières. S’il se place à la tête d’un pays riche de ces revenus pétroliers, il est accusé de financer le terrorisme, ce qui provoque l’instauration d’une embargo américain puis des Nations Unis sur la vente d’armes et les liaisons aériennes, entre les années 1980-1990.

Désireux de sortir son pays de l’isolement, Kadhafi met en place une politique d’ouverture internationale au début des années 2000. Il renonce alors à son projet de programme nucléaire et détruit ses armes de destruction massive. C’est dans ce contexte que Mouammar Kadhafi reçoit Nicolas Sarkozy en 2005. Lors de cette visite, le dictateur libyen accepte de verser 50 millions d’euros au candidat français, en échange d’un soutien de la France sur la scène internationale. Après l’élection de Nicolas Sarkozy, Kadhafi est reçu en grande pompe à l’Elysée, provoquant une indignation au sein même du gouvernement, Rama Yade et Bernard Kouchner en tête. Mouammar Kadhafi est tué en 2011 par les rebelles libyens, sans avoir pu donner sa version de l’affaire.


Les intermédiaires

Ziad Takieddine

Homme d’affaire franco-libanais

Ce n’est pas la première fois que Ziad Takieddine est mis en cause dans une affaire d’Etat. Son nom est notamment cité dans le cadre de l’affaire Karachi : il aurait servi d’intermédiaire dans la vente d’armes entre la France et le Pakistan, pour laquelle il aurait touché des rétrocommissions, utilisées pour le financement de campagne d’Edouard Balladur en 1995.

Dans le cadre de l’affaire des financements libyens, Ziad Takieddine tient également un rôle d’intermédiaire entre la France et la Libye. Le 5 mars 2011, de retour de la capitale libyenne, l’homme d’affaire est arrêté par la douane française avec une valise de 1,5 millions d’euros en espèce. Il n’a jamais été possible de prouver que le transport de cet argent entrait dans l’accord entre Sarkozy et Kadhafi. Après la publication par Médiapart de la note mentionnant les financements libyens de la campagne de Nicolas Sarkozy, Ziad Takieddine juge cette note « crédible ». Lors d’une entretien avec Médiapart en 2016, il affirme avoir remis 5 millions d’euros en espèce à Nicolas Sarkozy et Claude Guéant.

Alexandre Djouhri

Homme d’affaire franco-algérien

En 1990, l’homme d’affaire achète une villa à Mougins, dans les Alpes-Maritimes. Mal entretenue, la villa se délabre mais prend étonnement de la valeur. En 2006, Claude Guéant rencontre Alexandre Djouhri, intermédiaire en Libye pour la négociation de contrat. Deux ans plus tard, il vend la villa de Mougins à un fond souverain, Libya Investment Portfolio, dirigé par le directeur de cabinet de Kadhafi, Bechir Salah. Estimée à 4,4 millions, la villa est vendue à 10 millions d’euros. Cette vente, et le montage financier qui l’entoure, sont soupçonnés d’avoir servi à blanchir l’argent destinée à Sarkozy.


L’aide française

Claude Guéant

Directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy (2005 – 2007), Secrétaire Générale de l’Elysée (2007 – 2011)

A partir de 2005, Claude Guéant intègre le cercle rapproché de Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’intérieur, et devient son directeur de cabinet. Peu avant les élections présidentielles de 2007, Claude Guéant loue un coffre-fort à l’agence BNP Opéra. Selon le principal intéressé, le coffre n’a pas reçu de liquidités. Après l’élection de Sarkozy en 2007, Claude Guéant est nommé Secrétaire Générale de l’Elysée.

Moins d’un an après sa nomination, il reçoit un virement de 500 000 €. Il justifie cette somme par la vente de deux tableaux du peintre flamand Van Eertvelt à un avocat malaisien. Mais selon l’enquête, ces deux tableaux ne sont pas estimés à plus de 35 000€, remettant en cause la version du Secrétaire Général. Le 6 mars 2015, Claude Guéant est mis en examen pour « faux », « usage de faux » et « blanchiment de fraude fiscale en bande organisée ».

Brice Hortefeux

Ministre délégué aux Collectivités Territoriales (2005 – 2007), ministre de l’Immigration ( 2007 – 2009), ministre du Travail (2009), Ministre de l’Intérieur (2009 – 2011)

Lors du premier voyage de Nicolas Sarkozy en Libye en 2005, Brice Hortefeux est du voyage. Selon l’ancien chef des renseignements militaires de Mouammar Kadhafi, Abdallah Senoussi, il remet durant cette visite un numéro de compte sur lequel le financement devrait être versé. Depuis la publication de l’enquête de Médiapart, il n’a jamais été mis en examen mais est un témoin assisté pour la justice.


L’aide libyenne

Bechir Saleh

Chef de cabinet de Mouammar Kadhafi (1998 – 2011)

Chef de cabinet de Mouammar Kadhafi depuis 1998, il dirige entre autres la communication du régime. A partir de 2007, il est l’un des représentants de la Libye dans les relations diplomatiques, officielles et officieuses, avec la France. C’est au fond qu’il dirige, « Libya Investment Portfolio » qu’Alexandre Djouhri vend la villa de Mougins.

Après la révolution libyenne et la mort de Mouammar Kadhafi, Bechir Salah arrive en France avec l’aide de l’ambassadeur de France mais également d’Alexandre Djouhri. Recherché par Interpol pour fraude, Béchir Salah s’enfuit en Afrique du Sud après la publication des documents par Médiapart en 2012.

Abdallah Senoussi

Chef du renseignement militaire libyen (2002 – 2011)

Chef du renseignement militaire libyen, il est l’un des acteurs de la sanglante répression du soulèvement de Benghazi en février 2011. Après une enquête de la Cour Pénale Internationale, il est arrêté en juin 2011, accusé de crime contre l’humanité. Lors de son audition en 2012, il affirme avoir supervisé le virement de 5 millions d’euros pour financer la campagne de Nicolas Sarkozy.

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