Ruth Bader Ginsburg, icône américaine de la lutte féministe

Ruth Bader Ginsburg, juge de la Cour Suprême des Etats-Unis, est décédée vendredi 18 septembre, à l’âge de de 87 ans. Nommée à ce poste en 1993 par Bill Clinton, elle est la deuxième femme à y accéder. Farouchement opposée à Donald Trump, elle est devenue une figure de la lutte pour l’égalité des sexes, l’avortement et le mariage pour tous au fil des années.

Le combat d’une vie

Avec une détermination sans nom, elle a tenu son poste de juge de la Cour Suprême des Etats-Unis jusqu’au dernier souffle. De peur de voir son successeur nommé par Donald Trump, elle souhaitait tenir jusqu’aux prochaines élections. Ruth Bader Ginsburg nait en 1933 à Brooklyn dans une famille juive. Après des études à l’Université de Cornell et à la faculté de droit de Harvard, elle obtient son doctorat de droit à l’université de Columbia. Tout au long de son cursus à l’université, elle est marquée par les discriminations sexistes qu’elle subit, faisant naitre en elle la volonté de se battre pour ses droits.

Son combat pour l’égalité entre les femmes et les hommes se matérialise dans les années 70 par la création du Women Right’s Project au sein de l’American Civil Liberties Union (ACLU). Ce projet a pour objectif de contester et de supprimer les discriminations sexistes au sein des lois américaines. Par son action, la Cour Suprême modifie son approche et sa vision des discriminations sexistes, jugeant pour la première fois en 1971 qu’elles sont anticonstitutionnelles.

Au fur et à mesure, ce projet devient le porte-parole des femmes à la Cour Suprême, luttant constamment pour une égalité des sexes. De son côté, Ruth Bader Ginsburg remporte cinq victoires pour le droit des femmes face à la Cour Suprême, grâce à des plaidoiries calmes et précises. Tout comme l’avait fait Thurgood Marshall pour défendre les droits des afro-américains, elle utilise le 14e amendement de la Constitution des Etats-Unis.

Toute personne née ou naturalisée aux États-Unis, et soumise à leur juridiction, est citoyen des États-Unis et de l’État dans lequel elle réside. Aucun État ne fera ou n’appliquera de lois qui restreindraient les privilèges ou les immunités des citoyens des États-Unis ; ne privera une personne de sa vie, de sa liberté ou de ses biens sans procédure légale régulière ; ni ne refusera à quiconque relève de sa juridiction l’égale protection des lois.

14e amendement de la Constitution des Etats-Unis

L’icône de la Cour Suprême

En 1993, Bill Clinton la nomme Juge de la Cour Suprême des Etats-Unis, devenant ainsi la deuxième femme à accéder à ce poste. Nommés à vie, les juges ont la lourde tâche de statuer sur la constitutionnalité des lois et des décrets présidentiels. A ce poste, Ruth Bader Ginsburg devient le fer de lance de la lutte pour le droit des femmes, défendant notamment le droit à l’avortement et le mariage pour tous. En 2015, elle fait partie des cinq juges à voter en faveur de l’arrêt « Obergefell v. Hodges », forçant tous les Etats du pays à autoriser le mariage homosexuel.

Par ses prises de positions fortes, celle que l’on surnomme « RBG » devient un icône féministe, populaire aussi bien chez les femmes de son âge que chez la jeune génération. Après l’accession de Trump à la présidence des Etats-Unis, elle devient le symbole de la gauche américaine, luttant pour le droit des minorités, face à un président régulièrement accusé de racisme et de sexisme. Entre 2017 et 2018, Donald Trump nomme deux nouveaux juges de la Cour Suprême, Neil Gorsuch et Brett Kavanaugh, deux hommes conservateurs. Le parti Démocrate devient minoritaire à la Cour Suprême, avec seulement quatre représentants contre cinq juges Républicains.

Ruth Bader Ginsburg, entouré de Bill Clinton, de son mari Marty Ginsburg et du juge en chef William Rehnquis, à sa nomination à la Cour Suprême en 1993. (COLLECTION DE LA COUR SUPREME DES ETATS-UNIS)

Une succession au cœur de la campagne présidentielle

A la suite du décès de Ruth Bader Ginsburg, sa succession devient un enjeu majeur, à quelques semaines de l’élection présidentielle. Avec seulement trois représentants, les démocrates pourraient être en grandes difficulté pour contrer les décisions de Donald Trump à la cour Suprême. Bien que Donald Trump ait affirmé que la nomination du nouveau juge soit une priorité, le parti démocrate espère que le chef de la majorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell, prenne la même décision qu’en 2016 : à la suite du décès du juge conservateur Antonin Scalia, il avait estimé que la nomination d’un nouveau juge, à quelques mois des élections présidentielles, ne lui donnerait pas la légitimité nécessaire. Cependant, il serait étonnant que les Républicains laissent passer cette chance d’obtenir une large majorité à la Cour Suprême, alors que Donald Trump est donné perdant par de nombreux sondages.

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