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MSF met fin à ses activités dans la maternité de Dasht-e-Barchi à Kaboul

En décembre 2019, la photographe Sandra Calligaro réalisait un reportage dans la maternité de Dasht-e-Barchi, dans la capitale afghane de Kaboul. Dans cette maternité tenue par Médecin Sans Frontières (MSF), elle avait rencontré Zakia, qui donnait naissance à deux jumeaux, Abbas et Qasim. Lundi, l’ONG a annoncé qu’elle cessait ses activités dans la maternité, à la suite d’une attaque dont la cible était les mères et les nouveaux-nés, issus pour la plupart de l’ethnie hazâra, et le personnel soignant.

Une attaque envers les femmes et les nouveaux-nés

Le 12 mai 2020, plusieurs hommes armés pénètrent dans cette maternité, ouverte en 2014 par MSF, et tuent de sang-froid mères, nouveaux-nés et accompagnants. L’attaque, causant la mort de 25 personnes, dont 16 mères, est un véritable choc pour le pays, pourtant habitué aux attentats depuis de nombreuses années. S’il n’a pas été revendiqué, l’ONG estime que l’attentat ciblait principalement les mères hazâras.

Les Hazâras sont un peuple chiite, peuplant principalement le centre de l’Afghanistan, bien que l’on puisse retrouver cette communauté au Pakistan ou en Iran. Selon les estimations, ils représentent 10 % de la population afghanne. Les origines des Hazâras sont incertaines mais plusieurs historiens pensent qu’ils proviennent d’Asie de l’Est, ce qui expliquerait les traits asiatiques propres à cette ethnie. Depuis plusieurs siècles, ils sont victimes de persécutions et réduits en esclavage par des extrémistes sunnites. Alors que les violences s’étaient calmées au début du XXe siècle, elles ont repris sous la domination des talibans, sunnites. A leur chute, des fosses communes, où près de 15 000 Hazâras avaient été massacrés puis enterrés, sont retrouvées. Encore aujourd’hui, cette ethnie est la cible d’attentats, comme en 2018, dans une université d’un quartier chiite de Kaboul lorsqu’un attentat-suicide avait causé la mort de 37 personnes, ou en 2019 dans un marché de Quetta au Pakistan.

Située dans le quartier de Dasht-e-Barchi, peuplé principalement par des Hazâras, cette maternité permettait à 1 300 femmes par mois d’accoucher. La disparition de ce service indispensable est une grande perte pour ce quartier d’un million d’habitants.