Jean-Pierre Bacri, un râleur bienveillant

Acteur, auteur et scénariste, Jean-Pierre Bacri a consacré sa carrière à créer et interpréter des personnages cyniques mais humains, grinçants mais bienveillants. Il est mort lundi à 69 ans, des suites d’un cancer, a annoncé son agente à l’AFP.

Les sourcils froncés, l’air renfrogné, le râleur au grand cœur était devenu sa marque de fabrique. Ses rôles, mais également son écriture, lui ont valu d’être récompensé aux Césars (quatre Césars du meilleur Scénario, un César du meilleur second rôle), aux Molières (Molière de l’auteur en 1992 et Molière du comédien dans un spectacle privé en 2017) ou encore à Cannes (Prix du scénario en 2004). Il a été nommé six fois pour le César du meilleur acteur, sans jamais l’emporter.

Né en Algérie française en 1951, qu’il est contraint de quitter en 1962, il grandit dans une famille modeste. Ses premiers contacts avec le cinéma viennent de son père, ouvreur dans un salle le week-end. Arrivé à Cannes à 11 ans après l’indépendance algérienne, il monte à la capitale à 23 ans et intègre le Cours Simon. A défaut d’être ouvreur comme son père, il devient placier à l’Olympia pour gagner un peu d’argent. Son amour pour le théâtre est immédiat, celui pour le cinéma n’est qu’une question de temps.

Les Jacri

Il passe pour la première fois devant la caméra en 1979 dans « Le Toubib » de Pierre Granier-Deferre. Ses rôles dans des films d’Alexandre Arcady, Claude Lelouch ou encore Luc Besson lui permettent de se construire sa notoriété dans le cinéma français. En 1987, sa rencontre avec Agnès Jaoui est un tournant dans sa carrière. Ceux qu’Alain Resnais surnommait les « Jacri » développent un humour acide, mais bienveillant. Ils écrivent ensemble pour la première fois en 1992, pour le film « Cuisine et dépendances », et enchainent avec « Smoking/No Smoking » d’Alain Resnais (1993) et « Un air de famille » de Cédric Klapisch (1997). En 2000, leur duo prend un nouvel tournure, lorsqu’Agnès Jaoui passe derrière la caméra pour « Le goût des autres ». Jean-Pierre Bacri reste à l’image et prend de l’importance dans le paysage cinématographique.

Après avoir collaboré avec Alain Chabat pour « La Cité de la Peur » en 1994, il le retrouve en 1997 dans « Didier ». Son rôle d’agent de joueur de football, face aux chiens d’un ami ayant pris une forme humaine, l’amène sublimement vers l’absurde. Didier retrouve son maitre en 2002, pour l’écriture du scénario de « Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre » qui sera un franc succès (14 millions d’entrées).

« Comme je suis assez paresseux… »

Son entrée dans le XXIe siècle l’amène à limiter son nombre de films, un « droit à la presse » qu’il revendique. Il choisit soigneusement ses projets, et collabore avec Cédric Klapisch, Nicole Garcia ou encore Olivier Nakache & Eric Toledano. Dans « Place Publique » d’Agnès Jaoui(2018) ou « Le sens de la fête » d’Olivier Nakache & Eric Toledano (2017), Jean-Pierre Bacri affronte le temps qui passe et côtoie la nouvelle génération, comme William Lebghil, Eye Haïdara et Yvick Letexier (Mister V).

Au fil de sa carrière, Jean-Pierre Bacri prononcera de nombreuses répliques cultes : « on ne sent pas le cul » asséné à un chien interprété par Alain Chabat dans « Didier », « ça va couper chérie » face au tueur en série communiste dans « La Cité de la Peur » ou  » Je commence à en avoir plein le cul de vos grands airs, là » dans « Le goût des autres » sont entrés dans le langage courant. Le cinéma français a perdu une de ses figures.

« Fais chier »

a commenté Nicolas Bedos sur Instagram, accompagné d’une photo de Jean-Pierre Bacri et d’Agnès Jaoui. Difficile de ne pas être d’accord avec lui.

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