En quatre temps – Semaine 43

Tous les dimanches, Slow danse l’actualité en quatre temps

« Que l’on se taise » : les mots de Robert Badinter, au micro de France Inter

Mercredi matin, Robert Badinter était au micro de Léa Salamé. Quelques heures avant l’hommage rendu à Samuel Paty à la Sorbonne, l’ancien garde des Sceaux a préféré se mettre à l’écart du brouhaha alimenté par la classe politique, pour lancer un appel au calme : « C’est un héros de la liberté, un héros tranquille, anonyme, un héros comme il y en a tant, mais qu’il soit salué, qu’on se taise, qu’on rende hommage, qu’on ne se déchire pas autour de projets de lois« . Loin des propos haineux du Rassemblement National et de La France Insoumise, Robert Badinter a mis en avant le travail des professeurs et la « noblesse du métier d’enseignant« .

Face aux chemins islamophobes que certains ont tendance à emprunter, il a souhaité saluer les réactions de représentants de la religion musulmane en France : « Dans ce cas précis, où il s’agit du terrorisme islamique le plus violent et le plus intégriste, la réponse a été donnée par le recteur de la Grande mosquée, les imams de Bordeaux, Drancy et ailleurs encore, qui ont rappelé ce qui doit être entendu : que la religion musulmane n’est pas une religion de haine, de mort, c’est une des religions issues du livre et donc une religion d’amour« . Pour rappel, après la mort de Samuel Paty, Chems-Eddine Hafiz, le recteur de la grande mosquée de Paris, avait appelé les imams à condamner le terrorisme islamiste lors du prêche du vendredi.

Mercredi, Robert Badinter était l’invité de Léa Salamé sur France Inter

« Monsieur le professeur », la Une de Libération

Mercredi, un hommage a été rendu à Samuel Paty, tué pour avoir montré des dessins. Lors de l’entrée du cercueil dans la cour de la Sorbonne, la chanson One de U2 résonnait entre les murs. Pendant près de 5 min, le temps semblait s’être arrêté, loin du terrorisme islamiste et des polémiques inutiles. Puis la vie a repris. Des proches de Samuel Paty se sont succédés au pupitre, rendant un dernier hommage au « camarade », comme a aimé l’appeler son ami Christophe Capuano, maître de conférences en histoire à Lyon.

Emmanuel Macron s’est ensuite approché du pupitre. Après avoir tenu pour responsable de l’atrocité le terrorisme islamiste, le Président de la République a salué avec des mots justes « celui qui s’était donné pour tâche de « faire des républicains »  » : « Nous continuerons, oui, ce combat pour la liberté et pour la raison dont vous êtes désormais le visage parce que nous vous le devons, parce que nous nous le devons, parce qu’en France, Professeur, les Lumières ne s’éteignent jamais » a conclu Emmanuel Macron, pour laisser ensuite place à La Marseillaise. A quelques centaines de mètres, sur la place de la Sorbonne, une foule s’était également rassemblée pour rendre hommage à Samuel Paty.

A sa Une, Libération a mis en avant la photo de Samuel Paty, portée par un garde républicain, lors de la cérémonie d’hommage, durant laquelle le « héros tranquille » a reçu la légion d’honneur et les palmes académiques, à titre posthume.

« Monsieur le Professeur », la Une de Libération du 22 octobre 2020

« L’ogre du lait : Lactalis, une firme sans foi ni loi », la nouvelle enquête de Disclose

Après un an d’enquête, le média d’investigation Disclose a rendu public une enquête sur la multinationale française Lactalis. Réalisée en collaboration avec Brut, Envoyé Spécial, France Culture, Mediapart et le média normand Le Poulpe, l’enquête avance plusieurs accusations envers le géant laitier :

  • Pollution : 38 usines appartenant au groupe ne respecteraient pas les normes environnementales. Selon l’enquête de Disclose, plusieurs usines rejetteraient sciemment des eaux souillées dans des cours d’eaux, contaminant la faune et la flore locale. Pour gagner du temps, Lactalis et sa direction ralentissent les enquêtes et cherchent à cacher les preuves. En parallèle, sur les 18 dernières années, Lactalis a reçu 40 millions d’euros de subventions publiques pour moins polluer.
  • Non-respect des normes d’hygiène : pour rentabiliser sa production, plusieurs usines de Lactalis ne respectent pas les démarches à suivre lorsqu’un produit est souillé, comme l’a révélé une note confidentielle que Disclose a pu consulter. D’anciens salariés ont également pointé du doigt le recyclage des produits souillés : au lieu de jeter le produit, il est réinjecté dans la production.
  • Rétention d’information, dans l’affaire du lait contaminé à la salmonelle en 2017 : en 2017, 38 bébés sont amenés à l’hôpital après avoir été nourris avec du lait contaminé par une bactérie, la salmonelle. Face à ce scandale, Lactalis n’est pas assez réactif, et refuse de rappeler immédiatement l’ensemble du lait en poudre produit dans l’usine. Dans la cadre de l’enquête, le groupe refuse de divulguer tous les résultats des contrôles, dont certains étaient positifs à la salmonelle. Selon Disclose, la contamination à la salmonelle était connue par Lactalis depuis juillet 2017. Face aux réclamations de parents en septembre 2017, la multinationale n’a pas décidé d’agir.
  • Fraude fiscale : L’enquête de Disclose révèle la fraude fiscale du géant laitier, par le biais de sociétés offshores, localisées au Luxembourg. Pour réduire ses impôts, Lactalis réduit fictivement ses bénéfices, en créant volontairement des dettes. Ces dettes accumulées par BSA France, une holding de Lactalis, transmises à BSA international, sont remboursées par une autre holding du groupe basée au Luxembourg, Nehtuns, via des emprunts. En faisant fictivement baisser ses bénéfices en France, Lactalis réduit immédiatement ses impôts. Le groupe utilise le même montage financier dans d’autres pays, comme en Espagne ou au Royaume-Uni.
Retrouver l’enquête de Disclose sur la multinationale française Lactalis sur Disclose.ngo

L’opposition démocratique biélorusse distinguées du prix Sakharov

Jeudi, le Parlement Européen a remis à l’opposition démocratique biélorusse, par le biais de leur représentante Svetlana Tikhanovskaïa, le prix Sakharov des droits de l’Homme. Depuis le 9 août, l’opposition biélorusse lutte contre la réélection frauduleuse du président Alexandre Loukachenko, président depuis 1994. Candidate à l’élection face à Loukachenko, Svetlana Tikhanovskaïa a pris la tête du mouvement populaire et demande la démission du chef de l’état.

Face aux manifestants, les forces de l’ordre n’hésitent plus à utiliser des balles réelles. Malgré cela, l’opposante à Loukachenko menace le président biélorusse d’intensifier la mobilisation et de déclencher à une grève générale. De son côté, l’Union Européenne n’a pas reconnu l’élection et menace de prendre des sanctions contre le pays.

Le Parlement Européen a décidé de remettre le prix Sakharov des droits de l’homme à l’opposition démocratique biélorusse
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