Bourse W. Eugene Smith : 5 photographes récompensés en 2020

Asya joue avec des tourtereaux dans une cage dans la chambre d'Hodja. Rize, Turquie. 2019.

Dans le contexte de crise sanitaire, le W. Eugene Smith Memorial Fund a récompensé cinq photographes d’une bourse de 10 000$ chacun. Andrés Cardona, Sabiha Çimen, Laura El-Tantawy, Mariceu Erthal et Yuki Iwanami sont les lauréats de 2020.

Tous les ans, la bourse W. Eugene Smith en photographie humaniste récompense un photographe, dont le travail entre dans la lignée de celui de William Eugene Smith, photojournaliste américain réputé pour son intégrité. Alors que la bourse était de 40 000$ les années précédentes, l’institution a décidé cette année de récompenser cinq photographes d’une bourse de 10 000$ chacun, pour pallier aux difficultés financières liées à la crise sanitaire actuelle.

Andrés Cardona, « Wreck Family and the Colombian Conflict »

Avec son projet « Wreck Family and the Colombian Conflict », Andrés Cardona revient sur la mort de ses parents, socialistes, tués par l’armée colombienne lors de la guerre civile. Il immortalise le corps tailladé de son oncle, ancien commandant rebelle de FARC ou encore les traits fatigués de sa grand-mère de 89 ans. A travers des mises en scène, il revit les moments tragiques, comme l’enterrement de son père et de son oncle, remplacés par leur deux fils ainés pour le cliché, ou ses rêves d’enfance.

Dans ce projet, l’aspect artistique est complété par la dimension d’investigation : en collaboration avec l’Unité de recherche des personnes disparues, le photographe colombien tente de revenir sur les traces de sa mère disparue. Par ses souvenirs d’enfance et ses investigations, il cherche à comprendre la guerre qui a secoué son pays pendant plusieurs décennies.

Sabiha Çimen, « Hafız: The Guardians of Quran »

2e de la catégorie « Long projet » du concours WorldPress 2020, Sabiha Çimen n’en est pas à son premier prix pour ce projet. Appareil photo au point, elle fait le tour des écoles coraniques de Turquie pour immortaliser les jeunes filles qui y étudient. A travers ses clichés, elle souhaite révéler aux yeux de tous un environnement qu’elle a elle-même connu plus jeune.

Sabiha Çimen cherche à capturer ces moments perdus, hors de l’apprentissage des textes sacrés, durant lesquels les jeunes filles des écoles coraniques ressemblent à toutes les autres, avec leurs activités, leurs émotions et leurs ambitions trop grandes pour le milieu dans lequel elles grandissent.

Laura El-Tantawy,« I’ll Die for You »

 » Une méditation visuelle sur le lien entre l’homme et la terre ». C’est par ces mots que Laura El-Tantawy décrit son projet I’ll Die for You. En mettant en avant ce lien, notamment par le biais de l’agriculture, la photographe égyptienne souhaite valoriser un fonctionnement plus simple de l’Homme, un retour aux sources.

Consciente du recul de cette activité pourtant vitale, elle immortalise la tristesse des agriculteurs, leur dégradation physique et morale. Au travers du calme reposant de ses clichés, elle dénonce une réalité tragique, le suicide de paysans ou la perte de terres cultivables.

Mariceu Erthal,« Letters to Gemma »

Au Mexique en 2011, Gemma quitte la maison familiale pour aller à un entretien d’embauche. Quelques heures plus tard, son père reçoit une demande de rançon d’un million de pesos. Il n’en récolte que 40 000, et ne revit jamais sa fille. Selon les autorités mexicaines, une personne disparait toutes les deux heures dans le pays.

Avec ce projet, Mariceu Erthal retourne sur les pas de cette jeune femme dans la fleur de l’âge et s’immisce dans sa vie. A travers la photographie, elle revient sur ses lieux de vie, ses projets inachevés, ses lettres et ses poésies.

Yuki Iwanami, « Blue Persimmons »

Le 11 mars 2011, la centrale de Fukushima au Japon explose et provoque une catastrophe nucléaire majeure. Ce projet permet à Yuki Iwanami de revenir sur les lieux du drame et de documenter les impactes que l’accident a eu sur la nature et la population.

Avec ses photographies, elle immortalise le difficile retour à la vie, où la terre ne peut plus être exploitée et où les habitants vivent dans la crainte constante d’être impacté par la radioactivité. Vivant elle-même à Fukushima, Yuki Iwanami cherche à mettre l’humain au centre de la catastrophe qui l’a fait fuir.

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